Dans la rue, tout se passe comme tous les jours tandis qu’au sommet de la tour, l’artiste solitaire manipule les aiguilles de l’horloge. Dans son film/performance Clockshower, Matta-Clark, agrippé à l’horloge d’un gratte-ciel de New York, effectue des activités quotidiennes comme se raser, se brosser les dents…


Quel est ce temps que l’artiste interpelle ?


J’étais dans cette situation l’autre jour, je dessinais sur le sol les contours d’un balai avec de la poussière de marbre. Solitaire moi aussi, je transformais un outil commun en un vide, intervenant dans le paysage. Poussière qui est devenue tache, silhouette-dessin sur le sol ocre.
Aujourd’hui, c’est un autre temps, celui de rester chez soi. De se retirer. Maintenant, mes gestes courants, comme ceux de Matta-Clark là-haut sur l’horloge, ne sont observés que par moi. Je me brosse aussi les dents, je me regarde dans le miroir, je cuisine, je me lave les mains. J’observe attentivement chaque mouvement. Je ne peux pas être là où j’étais mais le temps passe et le dessin devient aussi un autre paysage qui n’est plus le mien. Solitaire ?


L’image m’apporte la nouvelle de loin, mais plus encore le souvenir de cet instant. Instant que j’essaie maintenant de récupérer par l’impression sur papier. La même attention qu’à ce moment-là.


Beaucoup de monde est à la maison. Nombreux sont ceux qui se brossent les dents, se rasent, regardent les informations. Mais avec quelle attention regardons-nous nos actions ?


Quel est ce temps qui change le monde ?


Je vois maintenant la couleur ocre envahie par le vert qui germe, comme s’il apportait de l’espoir. Des petits points rouges. Le contour s’étale et investit d’autres frontières que je n’avais pas prévues. Un nouveau dessin se fond dans le paysage, de nouvelles façons d’entrer en rapport, de nouvelles limites.


Je regarde attentivement et je suis émue par le temps qui passe.


Renata Bueno – Avril 2020